Jour 1 — Premières traces à La Grave
Le téléphérique s’élève lentement au-dessus de la vallée encore dans l’ombre. En dessous, le village de La Grave paraît minuscule, accroché à la pente face au massif de la Meije. À mesure que la cabine grimpe vers le glacier, l’excitation monte : ici, pas de pistes damées, seulement la montagne brute.
Pour cette première journée, on décide de découvrir les classiques. Depuis le sommet du téléphérique, on bascule dans le mythique Vallon de la Meije. La neige est froide, légèrement travaillée par le vent mais encore douce sous les skis. Les virages s’enchaînent dans cet immense vallon glaciaire entouré de séracs et dominé par la silhouette impressionnante de La Meije.
Plus bas, on rejoint le sauvage Vallon de Chancel. Les reliefs deviennent plus doux, la neige plus profonde entre les mélèzes. Au milieu du vallon, une pause s’impose au chaleureux Refuge de Chancel. À l’intérieur, l’ambiance est simple et montagnarde : soupe chaude, tarte maison et regards qui se perdent par la fenêtre sur le lac gelé.
Repus et réchauffés, on repart pour terminer la descente jusqu’à la vallée. Les jambes chauffent déjà un peu, mais la sensation de liberté est totale. Première journée, premières grandes courbes : La Grave tient déjà toutes ses promesses.
Jour 2 — Variantes et pente raide
Le lendemain, la montagne a changé de visage. Le vent a légèrement travaillé la neige en altitude, mais les vallons promettent encore de belles lignes.
La matinée commence par une descente par l’itinéraire d’Enchoffe pour rejoindre directement P1. L’itinéraire serpente entre barres rocheuses et combes suspendues. C’est plus technique, plus engagé, et l’ambiance est typiquement grave : sauvage et sans concession.
Pour la deuxième rotation, on retourne dans le Vallon de la Meije, mais en cherchant une petite variante. Cette fois, on poursuit la descente bien plus bas que la veille, jusqu’au village de La Grave. La neige, préservée par le froid de la nuit, reste étonnamment bonne jusque dans les pentes inférieures.
L’après-midi est consacré à un moment attendu : l’initiation à la pente raide. Direction le fameux Couloir du Bateau, juste au-dessus du Lac de Puy Vachier (Lac de Chancel).
Depuis l’entrée, le couloir plonge droit sous les spatules. La neige est compacte, rassurante. Les premiers virages sont prudents, précis. Puis le rythme vient naturellement : virage sauté, contrôle, respiration, et encore un virage. En bas, on s’arrête tous quelques secondes. Les regards se croisent, mélange d’adrénaline et de sourire silencieux.
La pente raide vient d’ouvrir une nouvelle porte.
Jour 3 — Cap sur Monêtier
Pour le troisième jour, changement d’ambiance. Direction Le Monêtier-les-Bains dans le domaine de Serre Chevalier. Ici, les remontées sont nombreuses, les forêts plus présentes, mais le hors-piste reste immense.
On commence par l’un des grands classiques : la descente de La Cucumelle. Après une courte montée vers le sommet, la pente s’ouvre sur de vastes combes orientées plein nord. La neige est restée légère, protégée du soleil. Les grandes courbes se dessinent sans fin, avec la vallée de la Guisane en toile de fond.
La deuxième grande descente du jour nous emmène vers La Montagnole. Ici, le terrain devient plus joueur : alternance de pentes larges, petits vallons et passages en forêt. Les mélèzes espacés permettent de skier vite, presque comme sur une piste… mais avec ce sentiment unique de tracer sa propre ligne.
En fin d’après-midi, les jambes sont lourdes, mais la tête est pleine d’images : glaciers immenses, couloirs raides, forêts silencieuses.
Trois jours seulement, et pourtant l’impression d’avoir traversé plusieurs montagnes.
La Grave pour l’aventure brute, Monêtier pour les grandes échappées.
Et surtout, cette certitude qui revient toujours après un bon trip de ski : on sait déjà qu’on reviendra. ❄️⛷️
