Nous quittons le col du Festre à 8h45. Une brume épaisse enveloppe les pentes encore silencieuses. Les peaux collées sous les skis, nous avançons tranquillement en direction du col des Aiguilles, glissant dans un paysage aux contours flous où seules quelques formes sombres émergent du brouillard.
La montée est régulière jusqu’au premier passage clé de la journée : le collet. La visibilité est réduite, et l’ambiance feutrée donne au lieu un caractère presque irréel. Arrivés au passage, nous dépotons rapidement. Les skis basculent vers l’aval et nous plongeons dans une courte descente qui nous fait basculer dans le vallon du col des Aiguilles.
En bas, le calme est total. Nous remettons les peaux et reprenons notre progression, remontant doucement le vallon qui s’ouvre devant nous. Les pentes se resserrent peu à peu à mesure que nous approchons du Haut Bouffet. Sous le sommet, le terrain se redresse franchement. Une pente raide d’une cinquantaine de mètres nous ouvre l’accès à la crête. L’effort est plus soutenu : conversions serrées, mais la trace finit par rejoindre l’arête.
Une fois sur la crête, nous progressons au plus près de son fil, skis bien ancrés dans la neige. L’horizon commence à s’ouvrir et, quelques mètres plus loin, nous atteignons le sommet du Haut Bouffet. Comme une récompense, le soleil surgit enfin. Au-dessus de la mer de nuages, la lumière est éclatante.
Il est temps de dépotter. Nous basculons versant sud avant de traverser pour aller chercher l’entrée du couloir ouest du Haut Bouffet. La neige est froide, légère, presque parfaite. Les virages s’enchaînent dans ce beau couloir encaissé, chacun savourant cette descente fluide et silencieuse.
Au bas du couloir, nous poursuivons encore la descente sur environ 150 mètres. Puis il faut déjà remettre les peaux pour une nouvelle traversée qui nous ramène dans le vallon menant au col des Aiguilles, cette fois-ci côté Jarjat. La montée est régulière et tranquille, et lorsque nous atteignons le col, le brouillard a disparu. Au-dessus de nous, un grand ciel bleu.
La suite est une longue glissade dans le vallon. Nous redescendons jusqu’au pied du collet, où un dernier effort nous attend : remettre les peaux pour environ 150 mètres afin de repasser le petit col franchi le matin.
Une fois au sommet du collet, nous retirons les peaux une dernière fois. La descente finale nous ramène doucement vers le col du Festre, là où la journée avait commencé quelques heures plus tôt. Les jambes sont un peu lourdes, mais le sourire est bien là : une belle boucle de ski de randonnée, entre brouillard matinal, soleil d’altitude et poudreuse dans un couloir sauvage.
