Ski Voilier Norvège



Le voyage commence bien avant la neige, dans l’excitation feutrée des aéroports. Une partie du groupe décolle de Marseille, l’autre de Lyon. Deux trajectoires qui convergent vers le nord, vers cette lumière pâle de l’Arctique. À mesure que l’avion descend vers Tromsø, les montagnes se dessinent, abruptes, plongées dans une mer d’un bleu profond. Il est environ 15h lorsque nous posons le pied sur le sol norvégien.


Nous déposons rapidement nos sacs à bord du bateau, notre maison flottante pour la semaine. L’air est vif, chargé d’embruns. Une courte balade dans Tromsø nous plonge immédiatement dans l’ambiance : petites rues tranquilles, maisons colorées, et cette lumière rasante qui semble suspendre le temps. Vers 18h, nous embarquons. Les amarres sont larguées, le bateau glisse silencieusement vers le large, direction Nordlingen. La première nuit se fait à quai, bercée par le clapotis de l’eau. À bord, le cuisinier nous accueille avec un premier festin inattendu : un curry indien parfumé, accompagné de naan encore chaud. Le contraste avec le froid extérieur est saisissant.

Jour 1 — Little Galten


Le matin s’ouvre sur un ciel parfaitement dégagé. Nous partons en direction du premier sommet. La montée est régulière, rythmée par le souffle et le crissement des peaux sur la neige. Là-haut, un léger vent nous rappelle que nous sommes en terrain nordique. Après 800 mètres de dénivelé, nous atteignons un col. Le col de Little Galten.

Sans hésiter, nous enlevons les peaux et basculons de l’autre côté de la péninsule. Devant nous : un vallon vierge, immaculé, presque irréel. Le vent s’est calmé. La neige est légère. Chaque virage est une récompense. Au fond du vallon, un lac gelé nous attend. Nous remettons les peaux pour remonter sur une ligne de crête en face, prolongeant le plaisir jusqu’à une descente finale vers la mer.


Le bateau nous attend déjà, ayant contourné la péninsule. Les annexes viennent nous chercher au bord des rochers. De retour à bord, nous reprenons la mer vers un fjord plus isolé. Le soir, le cuisinier nous surprend encore : un pho vietnamien fumant, riche en saveurs, parfait après cette première journée intense.

Jour 2 — Skalsatinden et le Glacier - Jokelfjorden


Réveil sous un grand ciel bleu. Nous partons pour une longue ascension vers un glacier menant au sommet du Skalsatinden. La montée est douce, ponctuée de passages sur des lacs gelés. Aucun vent, une sérénité presque totale.

Arrivés sur le glacier, une grotte de glace s’ouvre devant nous. Nous prenons le temps de l’explorer, fascinés par les nuances de bleu et les formes sculptées par le temps. Il reste encore 400 mètres de dénivelé pour atteindre le sommet. Là-haut, nous faisons une pause pour manger, face à une immensité silencieuse.

La descente commence de manière surprenante : plats, faux plats, petites remontées où il faut déchausser. Puis soudain, le terrain s’ouvre sur un vallon magnifique surplombant le fjord. Le bateau est là, minuscule en contrebas. Une nouvelle combe vierge, une neige poudreuse… un moment suspendu.


Le soir, retour au même mouillage. À bord, un chocolat chaud pain perdu nous attend. Le soir, des aurores Boréales nous emerveillent.

Jour 3 — Svartfjellet - Jokelfjorden


Nous repartons sur le même départ que la veille, mais cette fois pour basculer dans un autre fjord, en direction du sommet du Svartfjellet. La montée serpente à travers de larges vallons.

Au sommet du Svartfjellet, le vent est violent. Impossible de s’attarder. Nous enlevons rapidement les peaux et entamons la descente. Un itinéraire astucieux nous guide jusqu’à un grand vallon qui débouche sur le fjord où le bateau nous attend.


Mais la météo change. Les vents annoncés nous obligent à quitter ce fjord. Direction Anoia, où le bateau se mettra à l’abri pour deux jours. Le soir, le cuisinier nous propose des rouleaux de printemps vietnamiens et un padthaï. Une cuisine du monde au cœur de l’Arctique.

Jour 4 — La tempête


Le vent souffle fort. La pluie s’invite. Malgré tout, nous tentons une sortie. Rapidement, une averse violente nous trempe jusqu’aux os. Après une heure et demie de montée, la décision est prise : demi-tour.


De retour au bateau, frigorifiés, nous plongeons dans le bain norvégien sur le pont. L’eau chaude, la pluie froide, le vent… une expérience presque irréelle. Le soir, un dhal de lentilles réconfortant nous redonne de l’énergie.

Jour 5 — Repos forcé


La pluie ne cesse pas. Une journée sans ski. Pêche, discussions, bains chauds… et surtout repos. Le cuisinier en profite pour nous préparer un festin plus élaboré : poulet tandoori, légumes grillés, et un dessert à base de mangue. Une parenthèse bienvenue.


Dans la journée, nous reprenons la mer pour nous rapprocher de Tromsø en vue du dernier jour.

Jour 6 — Nordfjellet


Dernier jour. Nous partons tôt pour être les premiers. La pluie de la veille a laissé 10 à 15 cm de neige fraîche. Conditions parfaites.

Nous atteignons un premier sommet à 800 mètres, puis suivons une belle arête vers le sommet numéro 6. Le vent est fort, sculptant d’impressionnantes corniches.


La descente est magique. Une combe vierge rien que pour nous. Nous sommes les premiers. Plus bas, nous croisons d’autres groupes en montée.

Le groupe se divise : certains repartent pour deux nouvelles montées, refusant de quitter ces montagnes sans une dernière dose d’effort. Les autres rejoignent le bateau et le bain chaud.


Le soir, tout le monde est réuni. Le cuisinier nous offre un dernier repas mémorable : Cuisine Pakistanaise

Retour à Tromsø. Une dernière nuit à bord, chargée de souvenirs. Puis vient le moment de repartir, vers Marseille et Lyon.


Mais quelque chose reste là-haut, dans ces fjords et ces combes vierges. Une trace invisible, comme celles que nous avons laissées dans la neige.